La kératoplastie transfixiante : comprendre la greffe de cornée de pleine épaisseur
Tout savoir sur la kératoplastie transfixiante (PKP) : quand cette greffe de cornée complète reste la meilleure option, comment elle se déroule et ce qu'implique la récupération.
Créé le
03.08.2026
·
Mis à jour le
03.08.2026

La kératoplastie transfixiante, ou PKP, est une greffe qui remplace toute l'épaisseur de la cornée par un greffon issu d'un donneur. Elle reste indiquée lorsque la cornée est atteinte sur l'ensemble de ses couches, par exemple après un traumatisme, une infection sévère ou l'échec d'une greffe précédente. Longtemps technique de référence, elle a cédé du terrain aux greffes lamellaires (DALK, DMEK, DSAEK) plus ciblées. Cet article explique quand la kératoplastie transfixiante garde tout son intérêt, comment elle se déroule, quels sont ses risques et comment elle est prise en charge en Suisse. Un examen spécialisé reste toujours nécessaire pour évaluer chaque situation.
Qu'est-ce que la kératoplastie transfixiante (PKP) ?
La kératoplastie transfixiante est une chirurgie qui remplace la totalité de l'épaisseur d'une cornée malade par un greffon de cornée saine. Le terme « transfixiant » signifie que l'intervention traverse toutes les couches, de l'épithélium en surface jusqu'à l'endothélium en profondeur.
La cornée est la fenêtre transparente située à l'avant de l'œil. Elle assure une grande partie de la mise au point de la vision. Quand elle perd sa transparence ou sa régularité sur toute son épaisseur, une greffe complète peut devenir la meilleure option.
On parle aussi de greffe de cornée transfixiante ou, en anglais, de penetrating keratoplasty (PKP). Le greffon provient d'une banque de tissus, préparé selon des critères stricts de qualité et de sécurité.
Cette technique se distingue des greffes lamellaires, qui ne remplacent qu'une partie des couches de la cornée. Le Dr Arthur Hammer, chirurgien ophtalmologue FMH spécialisé en cornée, préside d'ailleurs le cours instructionnel de l'ESCRS 2026 consacré à la PKP, à Londres.

Quand la kératoplastie transfixiante est-elle indiquée ?
La kératoplastie transfixiante est indiquée quand la cornée est altérée sur toute son épaisseur et qu'aucune greffe partielle ne suffit. Elle s'adresse aux atteintes qui touchent à la fois les couches superficielles, le stroma et l'endothélium profond.
Les principales indications comprennent :
- les cicatrices cornéennes profondes, après un traumatisme ou une infection sévère de la cornée ;
- le kératocône à un stade très avancé, lorsque la cornée est trop déformée ou trop fine pour une greffe lamellaire ;
- certaines dystrophies de cornée touchant plusieurs couches ;
- l'échec d'une greffe précédente, lamellaire ou transfixiante, lorsqu'une nouvelle greffe lamellaire ne peut pas résoudre la situation;
- les perforations ou amincissements majeurs de la cornée.
Aujourd'hui, beaucoup de situations autrefois traitées par PKP relèvent de techniques plus ciblées. Le kératocône, par exemple, bénéficie souvent d'un crosslinking, d'anneaux intra-cornéens, d'une PRK sur mesure combinée avec le CXL ou d'une greffe lamellaire antérieure profonde(DALK) avant d'envisager une greffe complète. Vous trouverez plus de détails sur notre page dédiée à la chirurgie du kératocône.
Seul un examen spécialisé, comprenant une topographie/tomographie cornéenne et une analyse de la cornée par imagerie (OCT du segment antérieur), permet de déterminer si la kératoplastie transfixiante est réellement la meilleure option pour un patient donné.
PKP ou greffe lamellaire (DALK, DMEK, DSAEK) : quelles différences ?
Une greffe lamellaire est une kératoplastie qui ne remplace qu'une partie sélectionnée des couches de la cornée, à la différence de la PKP qui les remplace toutes. Le choix entre ces techniques dépend de la couche atteinte.
Quand seule la couche interne (l'endothélium) est malade, comme dans la dystrophie de Fuchs ou un œdème de cornée, une greffe endothéliale fine de type DMEK ou DSAEK suffit souvent. Quand seules les couches antérieures sont touchées, une greffe DALK peut préserver l'endothélium du patient.
Ces approches lamellaires offrent en général une récupération plus rapide et un risque de rejet plus faible, car elles conservent une partie de la cornée d'origine. C'est pourquoi la part des greffes transfixiantes a nettement diminué ces dernières années au profit des techniques lamellaires. La kératoplastie transfixiante reste néanmoins irremplaçable quand toutes les couches sont atteintes.
Pour une vue d'ensemble des techniques, consultez notre page sur les greffes de cornée (kératoplasties).
Comment se déroule une kératoplastie transfixiante ?
La kératoplastie transfixiante est une intervention microchirurgicale qui consiste à découper la cornée malade puis à suturer à sa place un greffon de donneur de taille équivalente et adpatée. Elle se pratique au bloc opératoire, sous microscope.
Avant l'intervention
Un bilan préopératoire complet précède toujours la chirurgie. Il comprend une mesure précise de la cornée par topographie/tomographie et OCT cornéen, un examen de l'ensemble de l'œil et un bilan général. Le greffon est fourni par une banque de tissus et contrôlé avant utilisation.
L'intervention se déroule le plus souvent en stationaire. Elle a généralement lieu sous anesthésie générale. Le choix de l'anesthésie est discuté avec le patient lors de la consultation préopératoire et l'équipe d'anesthésie analyse le dossier du patient et demandera une consultation de pré-anesthésie si nécessaire.
Pendant l'intervention
Les grandes étapes de la greffe de cornée transfixiante sont les suivantes :
L'intervention dure en général entre 45 et 60 minutes. Dans certains cas, elle est combinée à une chirurgie de la cataracte et à la pose d'une lentille intraoculaire artificielle, ce que l'on appelle une triple procédure.
En pratique avec le Dr Hammer:
Le Dr Arthur Hammer, chirurgien ophtalmologue FMH (MD-PhD, FEBO, FEBOS-CR), pratique la chirurgie de la cornée en Suisse romande, notamment à la clinique de Montchoisi à Lausanne. Sa pratique couvre l'ensemble des kératoplasties, de la greffe endothéliale fine à la kératoplastie transfixiante. Chaque indication est posée après un bilan cornéen complet, en privilégiant toujours la technique la moins invasive adaptée à la pathologie.
La récupération après une greffe de cornée transfixiante
La récupération après une kératoplastie transfixiante est progressive et s'étend sur plusieurs mois. Contrairement aux greffes lamellaires, la cicatrisation d'une greffe complète est lente, car les sutures doivent maintenir le greffon longtemps.
Dans les premières semaines, un traitement par collyres, notamment des corticoïdes locaux, est prescrit pour limiter l'inflammation et le risque de rejet. Ce traitement se poursuit souvent sur une longue période, avec une décroissance progressive.
Les sutures sont retirées graduellement, parfois sur douze à dix-huit mois, en fonction de la cicatrisation et de l'astigmatisme. La vision se stabilise lentement, et une correction optique par lunettes, lentilles rigides ou geste complémentaire est fréquemment nécessaire.
Un astigmatisme important est l'une des principales limites de cette technique. Il peut nécessiter des ajustements après la chirurgie. Ce point est expliqué au patient dès la consultation, afin d'aborder l'intervention avec des attentes réalistes.
Une consigne reste essentielle : ne pas frotter l'œil opéré et respecter scrupuleusement le suivi. Les contrôles réguliers permettent de dépister tôt une éventuelle complication.
Quels sont les risques et complications de la kératoplastie transfixiante ?
Comme toute chirurgie, la kératoplastie transfixiante comporte des risques que le chirurgien expose avant l'intervention. Les connaître permet de mieux les prévenir et de réagir rapidement si besoin.
Les principaux signes et symptômes de complications sont :
- le rejet du greffon, réaction du système immunitaire contre la cornée transplantée. Le risque de rejet est plus élevé qu'avec les greffes lamellaires ;
- l'échec du greffon, qui peut survenir à distance et conduire parfois à une nouvelle greffe ;
- un astigmatisme élevé, fréquent après ce type de greffe ;
- une hypertonie oculaire ou un glaucome, favorisés par les corticoïdes ;
- une infection ou un problème lié aux sutures.
Le rejet reste la complication la plus redoutée, mais il peut souvent être maîtrisé s'il est pris en charge tôt. C'est pourquoi le suivi régulier et la reconnaissance rapide des signes d'alerte sont déterminants. Ces éléments font partie des sujets abordés dans le cours ESCRS 2026 dédié à la PKP.
Quand consulter en urgence après une greffe de cornée ?
Un rejet de greffe est une urgence ophtalmologique qui peut, s'il est traité rapidement, être réversible dans une partie des cas. Reconnaître ses signes est essentiel pour tout patient greffé.
Il faut consulter sans délai en cas de :
- baisse de vision inhabituelle sur l'œil opéré ;
- rougeur marquée de l'œil ;
- douleur nouvelle ou croissante ;
- sensibilité à la lumière (photophobie) inhabituelle.
Ces symptômes peuvent évoquer un rejet ou une autre complication, mais seul un examen spécialisé permet de poser le diagnostic. En cas de doute, il est toujours préférable de contacter rapidement son ophtalmologue plutôt que d'attendre.
Combien coûte une greffe de cornée en Suisse et quel remboursement LAMal ?
En Suisse, la greffe de cornée est une intervention reconnue comme médicalement nécessaire. À ce titre, pour les patients assurés en suisse, elle est en principe prise en charge par l'assurance de base (LAMal) lorsque l'indication est posée par un spécialiste.
Le patient reste concerné par sa participation habituelle aux coûts, à savoir la franchise annuelle choisie et la quote-part de 10 %, dans les limites légales.
Pour les patients non-assurés en suisse, Le coût global d'une kératoplastie transfixiante dépend de nombreux facteurs : type d'anesthésie, prise en charge ambulatoire ou stationnaire, gestes associés, complexité de l'intervention et coût du greffon. Un devis est communiquée avant l'intervention.
Pour toute question sur la prise en charge, il est recommandé de vérifier les modalités auprès de son assurance et d'en discuter lors de la consultation préopératoire.
FAQ : questions fréquentes sur la kératoplastie transfixiante
Quelle est la différence entre kératoplastie transfixiante et greffe lamellaire ?
La kératoplastie transfixiante remplace toute l'épaisseur de la cornée, tandis qu'une greffe lamellaire n'en remplace qu'une partie. Les techniques lamellaires (DALK, DMEK, DSAEK) sont privilégiées quand seules certaines couches sont malades, car elles offrent souvent une récupération plus rapide et un risque de rejet moindre. La greffe transfixiante reste indiquée lorsque la cornée est atteinte sur toute son épaisseur. Le choix se fait après un bilan cornéen complet réalisé par un spécialiste.
La greffe de cornée est-elle douloureuse ?
L'intervention elle-même n'est pas douloureuse, car elle se déroule sous anesthésie locale ou générale. Dans les jours qui suivent, une gêne, une sensation de corps étranger ou un larmoiement sont possibles. Une douleur nouvelle ou croissante après la chirurgie ne doit jamais être négligée : elle justifie un contrôle rapide. Le traitement postopératoire et le suivi visent justement à assurer le meilleur confort possible pendant la cicatrisation.
Combien de temps dure la récupération après une PKP ?
La récupération d'une kératoplastie transfixiante est lente et s'étend sur plusieurs mois, voire plus d'un an. Les sutures sont retirées progressivement, souvent sur douze à dix-huit mois, et la vision se stabilise graduellement. Une correction par lunettes ou lentilles rigides est fréquemment nécessaire ensuite. Cette durée, plus longue qu'avec une greffe lamellaire, est expliquée au patient avant l'intervention pour des attentes réalistes.
Peut-on avoir un rejet plusieurs années après la greffe ?
Oui, un rejet de greffe peut survenir à distance de l'intervention, même après plusieurs années. C'est pourquoi un suivi ophtalmologique régulier reste important tout au long de la vie du greffon. La reconnaissance rapide des signes d'alerte, comme une baisse de vision, une rougeur ou une douleur, permet souvent une prise en charge efficace. En cas de doute, il faut consulter sans attendre.
La kératoplastie transfixiante est-elle remboursée par la LAMal ?
La greffe de cornée est en principe prise en charge par l'assurance de base (LAMal) lorsqu'elle est médicalement indiquée par un spécialiste. Le patient conserve sa participation habituelle : la franchise annuelle et la quote-part de 10 %. Les modalités précises dépendent du contrat d'assurance. Il est conseillé de vérifier sa couverture auprès de son assureur et d'aborder ces aspects lors de la consultation préopératoire.
Peut-on conduire ou travailler après une greffe de cornée ?
La reprise des activités dépend de l'évolution de la cicatrisation et de la récupération visuelle, qui varient d'un patient à l'autre. La conduite n'est envisageable que lorsque la vision le permet et après l'accord du chirurgien. De même, la reprise du travail dépend de la profession et des consignes postopératoires. Ces éléments sont adaptés au cas par cas lors des contrôles de suivi.
Le kératocône nécessite-t-il toujours une greffe transfixiante ?
Non. La plupart des kératocônes ne nécessitent pas de greffe transfixiante. Le crosslinking, les anneaux intra-cornéens ou une greffe lamellaire antérieure profonde (DALK) sont souvent envisagés avant une greffe complète. La kératoplastie transfixiante est réservée aux formes très avancées, avec une cornée trop déformée, trop fine ou cicatricielle. Seul un examen spécialisé permet de définir la stratégie adaptée à chaque patient.
Où réaliser une greffe de cornée en Suisse romande ?
La chirurgie de la cornée est réalisée par des chirurgiens spécialisés, dans des structures adaptées de Suisse romande. Le Dr Arthur Hammer, ophtalmologue FMH spécialisé en cornée, exerce notamment à Lausanne, au sein du réseau Swiss Visio / Swiss Medical Network. Une consultation préalable permet d'évaluer l'indication, d'expliquer la technique la mieux adaptée et de répondre à toutes les questions avant de planifier l'intervention.
En conclusion
La kératoplastie transfixiante reste une technique fondamentale de la chirurgie de la cornée, même à l'ère des greffes lamellaires. Elle demeure la meilleure option quand la cornée est atteinte sur toute son épaisseur, à condition d'un bilan rigoureux et d'un suivi attentif. Ses résultats reposent autant sur la précision du geste que sur la reconnaissance précoce des complications.
Si vous présentez une atteinte de la cornée ou si une greffe vous a été évoquée, une consultation spécialisée permet de faire le point sur votre situation. Pour en savoir plus sur le parcours et l'expertise du Dr Hammer, découvrez la page à propos ou prenez rendez-vous au cabinet.
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